Une petite histoire des marchés en France

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Avant d'être un rendez-vous du samedi matin, le marché a été le cœur battant des villes françaises pendant près de mille ans : on y fixait les prix, on y rendait des jugements, on y construisit certains des plus beaux bâtiments civils du pays. Retour sur une institution qui a façonné nos places — et nos habitudes.

Au Moyen Âge : le marché fait la ville

Dans la France médiévale, tenir marché est un privilège : le droit d'organiser un marché — et d'en percevoir les taxes — est accordé par le roi ou le seigneur. Obtenir ce droit change le destin d'un bourg : le marché attire les paysans des campagnes voisines, les artisans s'installent, les routes convergent. Beaucoup de villes françaises doivent leur existence même à cette économie — les innombrables places du Marché, rues aux Herbes, places aux Grains de nos centres anciens en gardent la trace, tout comme les bastides du Sud-Ouest, bâties autour de leur place de marché à arcades.

Au-dessus des marchés hebdomadaires, les grandes foires — Champagne au XIIIe siècle, Lyon ou Beaucaire plus tard — organisent le commerce à l'échelle européenne : changeurs, draps, épices. La distinction entre le marché qui nourrit la ville et la foire qui la relie au monde traverse toute l'histoire (nous la détaillons dans marché, halles, foire : quelles différences ?).

Des halles de bois aux cathédrales de fer

Très tôt, on couvre les marchés : les denrées craignent la pluie, et les taxes se perçoivent mieux entre quatre murs. Les halles médiévales — charpentes de bois posées sur des piliers, comme on peut encore en admirer dans nombre de bourgs — deviennent l'équipement public par excellence. À Paris, les Halles centrales, fondées au XIIe siècle sous Philippe Auguste, grossissent au fil des siècles jusqu'à devenir le plus grand marché du royaume.

Le XIXe siècle transforme l'essai en révolution architecturale. Sous le Second Empire, Victor Baltard édifie aux Halles de Paris ses pavillons de fer, de fonte et de verre — un modèle imité dans toute la France, où les municipalités bâtissent leurs propres halles métalliques. Émile Zola fait de ce monde grouillant le décor du Ventre de Paris (1873), le roman qui a fixé pour toujours l'image des Halles en « ventre » de la capitale.

1969 : le ventre de Paris déménage

Au XXe siècle, le marché de gros parisien étouffe dans son quartier. En 1969, les Halles centrales sont transférées à Rungis, au sud de Paris — aujourd'hui l'un des plus grands marchés de produits frais du monde, cœur du réseau français des marchés d'intérêt national (MIN) qui approvisionnent commerçants et restaurateurs. Les pavillons Baltard sont démolis dans les années 1970 (un seul, remonté à Nogent-sur-Marne, subsiste) : leur disparition, très contestée, contribuera à la prise de conscience patrimoniale qui sauvera bien des halles de province.

Le marché de détail : déclin annoncé, résistance réelle

La seconde moitié du XXe siècle semblait condamner le marché de quartier : essor de la grande distribution, réfrigérateurs domestiques, voiture. Le nombre d'étals recule, certains marchés disparaissent. Et pourtant l'institution tient — et repart. Les raisons de cette résilience sont celles-là mêmes qui remplissent les allées aujourd'hui : recherche de fraîcheur et de circuit court, lien direct avec producteurs et artisans, rôle social du marché dans les centres-bourgs, attrait touristique aussi — le marché français est devenu une expérience que l'on vient chercher en vacances, des marchés provençaux aux marchés de Noël alsaciens, dont la tradition remonte à plusieurs siècles (Strasbourg tient son Christkindelsmärik depuis 1570).

Les formes contemporaines prolongent l'histoire plus qu'elles ne la rompent : marchés de producteurs et circuits courts renouent avec la vente directe d'avant les grossistes ; marchés nocturnes estivaux réinventent la sociabilité marchande en soirée ; halles réhabilitées se muent en « food halls » sans cesser d'être des marchés couverts.

Ce qui n'a pas changé

Un habitant du XIIIe siècle transporté un samedi matin sur une place de marché française ne serait pas complètement dépaysé : des étals périodiques sur l'espace public, un règlement local, un agent qui place les marchands et perçoit le droit de place — le placier, héritier direct des collecteurs de taxes seigneuriaux —, des jours fixes que tout le quartier connaît. C'est précisément cette permanence des jours de marché, commune par commune, que ce site recense : une donnée médiévale dans son principe, tenue à jour automatiquement dans sa forme.

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